Les Roseaux Sauvages - le blog

Yves Rocher se refait une beauté... bio, vraiment ?

En perte de vitesse depuis quelques années alors que ce groupe puissant va fêter ses 50 ans, Les Echos annoncent aujourd'hui qu'YVES ROCHER va se refaire une beauté.

On y apprend que la marque veut tout changer, à commencer par ses boutiques rebaptisées « Ateliers Cosmétique Végétale », dont le nouveau concept sera testé début octobre en région parisienne. La marque veut marquer son territoire en tant que « créateur de la Cosmétique Végétale » renforcé par le lancement d'une nouvelle gamme bio, compensée carbone, avec l'ambition de devenir le N°1 des ventes en France.

Si personne ne peut nier que cette entreprise, dès ses origines en Bretagne à la fin des années 50, s'est basée sur les extraits de plantes, il ne s'est pourtant jamais agi d'une marque de cosmétiques bio. Les conditions de culture des plantes, leur mélange avec des produits chimiques très classiques de l'industrie des cosmétiques en font une marque conventionnelle qui a su, pendant des années, par un marketing habile, s'adjuger une image bien plus "verte" que ne l'étaient ses produits.

Il est trop tôt pour juger de la sincérité de ce repositionnement, même si l'on peut craindre que les enjeux commerciaux considérables de ce groupe fassent co-exister encore longtemps les gammes conventionnelles, largement majoritaires, et la gamme bio, très minoritaire mais fortement mise en avant. Pour le consommateur, c'est, une fois de plus, la crainte de devoir être encore plus subtil dans son appréciation des produits et de leur emballage, entre des formules parfaitement chimiques habilement habillées dans des flacons et pots aux couleurs de nature, des cosmétiques bio certifiés qui se contentent de cette certification pour toute valeur ajoutée, et de nouvelles marques originales et exigeantes, qui veulent procurer des résultats au moins aussi bons que les cosmétiques conventionnels, mais avec une responsabilité écologique revendiquée et assumée.

Plus que jamais, il va falloir bien regarder les packagings, car les leaders du marché vont... mettre le paquet.

L'éco-conception, grande absente du dernier Maison & Objet

D'année en année, ce salon est devenu la référence européenne en matière de déco, de design et d'aménagement intérieur et extérieur de la maison. Le visiter dans son intégralité est tout simplement impossible, tellement le nombre d'exposants est nombreux. Pourtant, quel que soit l'univers choisi, on ne peut qu'être frappé par la très faible préoccupation de l'empreinte écologique des objets.

Arts de la table, linge de maison, mobilier, luminaires, etc., tous les exposants viennent là présenter leurs nouveautés. Un petit jeu amusant consiste à visiter un stand, à s'intéresser - sincèrement, on y trouve quantité de beaux objets-, au moins le temps qu'un(e) commercial(e) vous aborde et commence à vous vanter les mérites de la nouvelle collection, un carnet de commande à la main, et à l'interrompre en lui demandant : "vos produits sont-ils éco-conçus ?". La question provoque immanquablement un petit temps d'arrêt pendant lequel votre interlocuteur ou interlocutrice se fige.

En bon professionnel, il ou elle rebondit, selon les cas, par un petit sourire gêné, par une franche réponse "non" suivie d'une interruption brutale de conversation ou bien, le plus fréquemment, par une phrase alambiquée qui mélange allègrement utilisation de matières "naturelles", existence de normes de production européennes sévères - forcément respectées - et fatalité face à la concurrence déloyale des pays asiatiques. Dès que vous grattez un peu, vous constatez que la personne ne sait absolument pas de quoi elle parle. Et s'en moque éperdument, ce qui dénote le peu d'intérêt pour le sujet. D'ailleurs, nombreux s'étonnent : "Vous êtes le premier à me poser la question !". Cette fois, ils ont l'air sincère.

Le pire, c'est la partie consacrée aux designers. Cette débauche d'objets en tout plastique et d'effets lumineux gadgets constitue une indécente désinvolture face à l'inéluctable pénurie de pétrole. Un caprice d'enfant gâté pour qui le gaspillage s'impose. C'est la dernière bouteille, finissons là jusqu'à l'ivresse !

Enfin, dans le hall "ethnic chic", on trouve dorénavant un curieux mélange. La plupart des exposants du parcours "équitable" s'y retrouvent, chacun sur son petit stand, noyés parmi les importateurs d'antiquités asiatiques, dont les vastes boutiques reconstituées sont gorgées d'objets qui me paraissent plus participer au pillage culturel qu'à l'aide au développement. Quant aux bois flottés miraculeusement pêchés dans de lointains océans, ils pourraient avoir subi des immersions plus chimiques pour acquérir plus vite cet aspect et ce toucher si merveilleusement naturel. La déco n'est-elle pas l'art du trompe l'oeil ?

voir le site du salon

A quand l'éco-taxe sur les matières textiles polluantes ?

Dans sa dernière intervention sur France2, Jean-Louis BORLOO, notre Ministre de l’Écologie, a été particulièrement convaincant sur la nécessité d’introduire des éco-taxes, en prenant l’exemple frappant des meubles en bois issu de forêts certifiées ou pas. Je veux croire qu'il a pris cet exemple délibérément.

Le gouvernement ira-t-il jusqu'à instituer en priorité l’éco-taxe sur les vêtements, les meubles, les cosmétiques et investir les sommes collectées dans l’organisation de nouvelles filières certifiées ?

Aujourd’hui, le contribuable subventionne de facto le secteur automobile, alors que ces industriels se hâtent avec lenteur pour intégrer les contraintes environnementales à leur activité, et l’on n’entend parler que de secteurs industriels puissants pour son extension. A l’opposé, toutes les jeunes entreprises « éthiques » peinent à exister : elles sont le fait d’entrepreneurs qui veulent concilier activité économique rentable et pérenne avec la pleine et entière prise en compte des préoccupations de protection de l’environnement et de respect des humains.

Tout le monde approuve notre approche … mais le consommateur trouve que c’est cher pour passer à l’acte, et ce bien que nos marges soient inférieures à celles de la distribution conventionnelle. C’est inévitable en l’état actuel des choses, puisque nous veillons à n’acheter que des conditions respectueuses de l’environnement et du droit du travail, tandis que les grandes enseignes utilisent quelques produits bio ou équitables pour mieux prolonger leur « sourcing » dans les conditions contestables connues de tous.

De plus, la France est en retard par rapport à tous ses voisins nord européens en matière de certification de la démarche éthique (cf. la « Fair Wear Foundation » britannique ou la remarquable « Made by » néerlandaise). Le paradoxe, et j’en parle après avoir rencontré plus de 200 jeunes marques, c’est que les plus vertueux sont souvent les moins labellisés.

Vous aussi pouvez exercer une légère et amicale pression sur nos gouvernants : écrivez aux Ministres : Ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire PARIS, le 5 septembre 2008 92055 PARIS LA DEFENSE CEDEX

Votre Député(e) est aussi un(e) excellente destinataire.

Cela étant, le problème est plus vaste : une éco-taxe sur le coton conventionnel ferait porter au consommateur le poids de l'incapacité des autorités européennes à faire pression sur les Américains tout en remettant en cause nos propres subventions agricoles, laissant les cultivateurs asiatiques et africains en souffrir jusqu'à en mourir dans notre indifférence générale.

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